"Je m'appelle Chloé Delaume. Je suis un personnage de fiction."
Chloé Delaume. Comment vous décrire cette auteure... je ne sais pas... j'ai peur de mal m'y prendre...
J'ai peur de ne pas trouver les mots... Je rature, puis je bafouille...
Elle est si difficile à décrire, impossible à cerner... pour comprendre (non, plutôt "tenter de comprendre", je n'aurais pas la prétention de dire que j'ai compris), il faut la lire.
"C'est pour tout auteur" me direz vous. Non. C'est
surtout pour elle.
Chloé Delaume est un pseudonyme, mais pas seulement. Comme elle se définit elle-même, c'est
un personnage de fiction. Personnage de fiction qui a "élu domicile" dans un corps et qui se
raconte au fil de ses livres.
"Attends on comprend rien là". C'est normal.
Schizophrène me direz vous. Non. Enfin si. Enfin pas tout à fait...
Chloé Delaume pratique ce qu'on appelle "
l'autofiction".
"Fiction, d'événements et de faits strictement réels. Si l'on veut, autofiction, d'avoir confié le langage d'une aventure à l'aventure
d'un langage en liberté." (Serge Doubrovsky)
En plus clair, mais moins élégant : l'autofiction, c'est de la fiction qui se mêle à des faits autobiographiques réels (
of course me direz-vous, mais c'est pour insister sur le fait
de
réalité).
Il y a une part de vrai, mais également un part de fiction. C'est la réalité romancée si on veut.
C'est plus clair ? Je l'espère. (Je vais être gentille ce soir, sans sarcasmes ni ironie, c'est déjà assez tordu comme ça.)
Mais Chloé Delaume n'a pas fait uniquement de l'autofiction... cela n'empêche que l'autofiction est une part marquante de son "oeuvre". Reprenons livre après livre (enfin ceux que
j'ai lu bien sûr... je ne me permettrais pas d'écrire sur des livres que je n'ai pas lus, sauf pour tromper un professeur m'ayant imposé une lecture imbuvable et donc irréalisable (na)...
dans ces cas-là il faut ruser les amis, parole de vieux loup.)
Livre n°1 :
"La dernière fille avant la guerre" ou La Découverte :
Comme la moitié de la planète (enfin, de
ma planète plutôt) le sait, je suis fan d'Indochine (et fière de l'être).
Chloé Delaume aussi (est fan d'Indochine, suivez bande de truffes.) (Mince, sarcasmes et iromie reviennent... tanpis.)
Mais ça, M.Sirkis (leader d'Indochine, pour les incultes) l'ignorait. Un jour, il la contacte pour lui demander d'écrire des paroles pour le dernier album en date d'Indochine (Alice & June,
pour les incultes toujours.)
Chloé = euphorique. Catastrophe = le texte n'est pas retenu...
Chloé eu fortement envie de se pendre jusqu'à ce que.. jusqu'à ce que...
La collection Naïve Session (on s'en fou c'est du détail ça) lui propose de participer à son projet : des auteurs contemporains écrivent sur leur rapport à la musique, ou autour d'une figure
mythique. Ils en font des fictions singulières, déclinant ainsi le rapport littérature/rock.
Ainsi est né "La dernière fille avant la guerre", ou comment la catastrophe émotionnelle se transforma en matériau romanesque...
Dans ce roman, Chloé raconte ce que c'est, d'être fan d'Indochine. Tout d'abord revendiquée puis ensuite... cachée... forcément. 25ans d'indochinoiseris à travers les yeux d'une fan, une des
(rares) personnes à avoir compris ce que c'était vraiment, Indochine.
Les sentiments, les images, les idées, l'essence même d'Indochine... tout, tout, tout y est, et si joliement dit.
A la fois cruelle et drôle, fragile et carnassière, touchante et désesperante, la voix d'Anne (= Chloé Delaume fan d'Indochine) nous décris la vie d'une fan Indochinoise, à la vie à la mort.
La petite fille fera toujours ouh ouh... (lisez le bouquin, vous comprendrez.)
Livre n°2 :
"J'habite dans la télévision" ou Une Folie Génialissime :
«Ce que nous vendons à Coca-Cola c'est du temps de cerveau humain disponible.» (Patrick Lelay).
Alors je vous explique le principe:
pendant 22mois, du lever au coucher, Chloé Delaume s'est faite "sentinelle" de la télévision, càd. qu'elle... s'est scotchée devant la télévision du matin au soir.
"Mais c'est complètement barjo !" vous écriez-vous.
Non. C'est absolument génial.
Dans ce livre, Delaume nous raconte comment, au fil de ces 22mois d'expérience, la télévision
agit autant sur notre mental... que sur notre physique.
Avec un humour ironique délicieux, elle nous narre comment elle a été son propre sujet d'étude, comment elle a vécu ces 22mois. Et tout cela mêlé à de la fiction, bien entendu...
Quand on sort de ce bouquin, mesdames et messieurs... je peux vous dire qu'on ne regarde plus la télé de la même façon...
Livre n°3 :
"Le cri du sablier" ou La Révélation :
Alors là... comment vais-je parvenir à vous parler de ce livre-là... comment...
Allez, je me lance à 3... 1...2... 2 et demi... 2 trois-quarts... Allez ça suffit t'es plus à la maternelle... 3. Banzaï.
Pour vous décrire l'histoire, je vais choisir la voie de la simplicité (pardonnez-moi chers lecteurs... mais le coeur a ses raisons...) et vous recopier ce qui se trouve sur la 4è de
couverture de mon exemplaire
(non non, je ne me dégonfle pas, promis) :
"Le livre de Chloé Delaume est le récit d'une réminiscence. Il remonte le temps afin de faire voler en éclat un passé oppressant. Sa virulence a la puissance du cri.
Véritable leitmotiv du roman, la métaphore du sablier se propage, se ramifie : elle dessine la figure centrale et traumatisante d'un père "sédimentaire" et d'une "enfant du limon".
Ni pathos ni complaisance. Mais la tentative, à l'âge adulte, de répondre au questionnement d'un enfant, tentative rendue possible par une certaine douceur de l'ironie. Tout passe par le prisme
d'une langue singulière, débordante d'inventions. Le style est démesuré, tantôt lapidaire, tantôt abyssal. Les mots se bousculent, deviennent envahissants, jusqu'à donner une impression de fusion.
Dans ce chaos où leur nature et leur fonction se mélangent, ils révèlent comme un miroir le morcellement de l'identité.
Le Cri du Sablier est avant tout une reconquête de la langue ; un plaisir inattendu jaillit de mots le plus souvent douloureux, de leur détournement, de l'épuisement du sens
de chacun."
Je vous traduis en faits réels le "passé oppressant" :
Alors que Chloé n'a que 10 ans, son père tue sa mère devant ses yeux puis se suicide.
Ce livre est... tout simplement sublime. Je n'arrive pas à m'exprimer à son sujet tellement... ça me dépasse...
Chloé Delaume appuie là où ça fait mal et le pire... c'est qu'en fin de compte, ça fait du bien.
Bien sûr, on a pas tous vécu un drame aussi horrible, et heureusement...
Mais les sentiments qu'elle décrit et développe, la souffrance qui s'y trouve... sans aller jusqu'à s'identifier à son personnage, car vous me direz que c'est trop extrême... le langage
est tellement juste...
Je n'ai pu m'empêcher de me dire "Voilà. C'est ça. C'est ça qu'il fallait dire, ce mot qu'il fallait employer."
On a tous connu la souffrance. Chloé Delaume, en exorcisant la sienne... met du baume sur la nôtre.
Attention, ne comprenez pas dans ce que je dis là que c'est livre contient
l'espoir. Non.
Mais c'est le fait d'avoir formulé la souffrance qui fait du bien.
Je vais m'arrêter là pour celui-ci...
Livre n°4 (promis, après j'arrête) : "La nuit je suis Buffy Summers" ou Comment devenir une tueuse schizophrène :
Ce livre n'est pas comme n'importe quel livre. C'est ce qu'on appelle un "livre-jeu", ou un bouquin das le même concept que les fameux "Livres dont vous êtes le héros" auquels on a tous joué (si si
si, avouez-le.)
(Mais je vous promets que celui-ci, vous n'en avez jamais lu de pareil...)
Vous êtes dans la peau de cette fameuse héroïne de série télé, la sexy tueuse de vampires Buffy Summers.
Sauf que là, elle n'est pas vraiment comme vous l'avez connue...
Vous êtes schizophrène, enfermée dans un hôpital psychiatrique. Vous êtes persuadée que le personnel de l'hôpital complote contre vous et fait des trucs louches d'origine pas catho...
Vous êtes l'Elue. C'est quoi l'Elue ? Jouez, et vous saurez...
Voilà pour ce qui est de mes lectures "delaumiennes". Et j'attends avec impatience son
"Livre des morts", qui est en cours d'écriture.
Promis, j'ai presque fini de vous enquiquiner. Je fais ma conclusion et je vous lâche (si vous, vous ne m'avez pas déjà lâchée en cours de route, ce qui ne m'étonnerait pas vu la longueur de mon
article...
Si vous tenez encore : merci. Je vous aime.)
Je n'ai plus qu'une chose à vous dire : lisez-la. Au moins un de ses bouquins. Au moins, essayez.
Le travail de Chloé Delaume est certes expérimental, mais au moins cela sort des sentiers battus. Et ça fait du bien, énormément de bien. Elle a un style qui lui est propre, si particulier... et
qui vaut la peine d'être connu.
C'est beau. C'est poétique, même dans la douleur et la cruauté. Lisez-la.
Voilà. J'ai fini de vous embêter et il est accessoirement 01:15 (du matin, si si...)
Cela faisait longtemps que je voulais "accoucher" de cet article-ci... ça fait du bien, j'en suis heureuse.
En espérant que ça vous ait plu,
cordiales salutations et bonne nuit.
Dana.
P.S. : désolée de vous avoir pondu un roman, ce n'était pas prévu... si vous avez tenu jusqu'ici, je vous dis encore : merci.
P.P.S : j'allais oublier : pour ceux que mon article a alléchés, rendez-vous sur le site officiel de l'auteur :
http://www.chloedelaume.net. En vous rendant dans la rubrique "Publications" puis "Ouvrages", vous pourrez même lire les 1ères
pages de chacun de ses livres... Si c'est pas magnifique ça...